Le film d’Arnaud Malherbe, sorti le 20 avril, tente de donner vie à la figure de l’ogre, créature bien connue des enfants, source d’angoisses nocturnes et tapie dans les bois. Bien que je sois toujours ravi de voir un film d’horreur français et malgré un excellent début, le conte d’Arnaud Malherbe finit par souffrir de problèmes de scénario qui gâchent ses belles promesses.

Ogre raconte l’histoire de Chloé (Ana Girardot) et de son fils de 8 ans Jules (Giovanni Pucci), duo cherchant à prendre un nouveau départ après ce que l’on comprend être un passé douloureux avec un mari et père abusif. Ils arrivent dans le Morvan, dans un village en apparence charmant, en tout cas charmant jusqu’à ce que la nuit tombe. La mère de Jules va se rapprocher de Mathieu (Samuel Jouy), le médecin du village, ce qui ne rassure pas Jules qui, entre un enfant disparu l’année passé et des détails étranges sur Mathieu, est maintenant persuadé que ce dernier est l’ogre qui hante ses nuits.
Une des forces du film est le temps qu’il prend pour installer visuellement une atmosphère pesante et des visuels horrifiques, la région du Morvan est magnifique et les quelques plans (à part ceux à la fin, on y reviendra…) où l’on voit l’ogre sont efficaces. Sa première apparition à la fenêtre de Jules est une très belle réussite dans l’épouvante. La relation entre la mère et le fils est aussi très bien amenée et le jeu de trouble évident entre l’ancien père abusif/Mathieu/l’ogre dans l’esprit de Jules permet d’amorcer pour le spectateur un doute sur la réalité du monstre. Attention, à partir de maintenant, spoilers.

Malheureusement, et c’est un premier reproche, il est clair beaucoup trop tôt que Jules a raison, ce qui enlève du suspens au film et gâche certaines scènes qui auraient pu être autrement très fortes. Par exemple, Jules essaie à un moment de tuer Mathieu, ce qui, si le spectateur avait eu un doute sur le jugement de l’enfant, aurait gagné en caractère dérangeant.
Le film a malheureusement pas mal de clichés et de problèmes dans son écriture des personnages, la petite fille qui devient l’unique amie de Jules est trop effacée, dans le dernier arc les décisions de la mère semblent absurdes, les harceleurs de Jules sont un peu trop stephenkingiens et le monde est un peu trop simpliste. Samuel Jouy arrive tout de même à donner un côté vraiment inquiétant à son personnage de Mathieu, particulièrement dans la dernière scène avant que tout bascule. Le personnage de Jules est également très bien écrit et interprété, on ressent une réelle empathie pour lui, ce qui permet une meilleure montée de l’angoisse pour le spectateur. Montée oui, mais pour aller où ?
En effet le plus gros problème d’Ogre est sa fin. Après une scène de danse étourdissante entre Chloé et Mathieu, scène vraiment belle visuellement, le film entame ses dernières dix minutes et…se vautre complètement. Sans entrer dans les détails, la fin de Ogre change complètement le ton du film, plus rien d’angoissant, tout ce qui a été construit ne sert à rien (particulièrement tout le développement de la relation mère/fils) et la conclusion est d’une naïveté étonnante. Etant personnellement un adepte des films d’horreur qui finissent mal, j’essaie pourtant d’être objectif, le problème n’est pas que le film finisse bien mais le fait que la fin semble être collée au film de manière complètement artificielle. Elle n’apporte alors ni la satisfaction de la victoire, ni le plaisir (un peu sadique) de la défaite.
Ogre, si l’on oublie les dix dernières minutes, reste cependant un film qui vaut le déplacement, un conte réellement effrayant par moments et avec un propos métaphorique classique du film de genre mais non moins efficace : pas besoin d’ouvrir un livre de contes pour rencontrer des monstres.