Pour un hors-série sur un court-métrage à priori n’appartenant pas au genre horrifique, il fallait quand même trouver un point d’approche cohérent avec l’horreur. Il n’y a pourtant pas plus effrayant que le dernier voyage, celui que l’on fait toujours seul.

Le Soldat Vierge est un moyen-métrage (39min) sorti en 2016 et réalisé par Erwan Le Duc. Un scénario simple: Un soldat blessé (Christophe Montenez) sait qu’il va mourir. Il révèle son dernier souhait à son camarade de guerre Daniel, il veut que ce dernier lui fasse l’amour pour qu’il puisse mourir aimé. L’ami refuse et le désespoir de Jérôme lui fera poser cette question, « Tu voudrais faire l’amour avec moi ? » à un soldat étrange et fou se cachant dans les hautes herbes et même à la déesse de la mort elle même, qu’il aperçoit le long de la rivière. Jérôme et son ami Daniel sont suivis de loin par un colonel et un soldat, tout deux déçus du refus de Daniel de faire l’amour à son ami mourant. Jérôme ne va pourtant se confronter qu’à des refus et mourra dans la rivière, sans avoir été aimé.

Dans un décor de nature et de forêt les personnages évoluent vers on ne sait où pour on ne sait quelle guerre. Pourtant on sait que cette guerre se passe de nos jours par l’utilisation du smartphone d’un soldat, et qu’elle se joue entre un même peuple (le camps adverse parle la même langue que les deux personnages principaux et ont la même couleur de peau). On ne sait qui a blessé Jérôme mais le voilà qui va mourir et entre des croyances japonaises (la déesse Shinigami) et le conte finlandais qu’il raconte, le fantastique s’entremêle dans cette nature immense et dans cette avancée vers la mort. Les légendes se croisent lorsque, dans le plan avant sa mort, Jérôme est debout dans la rivière à regarder la déesse pendant que le héros du conte finlandais arrive dans sa barque. Un film très esthétique dans sa mélancolie dont la beauté repose beaucoup sur le choix de ratio 10:15 qui sublime cette nature et la rend encore plus dominante.

Jérôme n’a pas peur de cette mort rampante, il veut simplement « mourir émerveillé ».
Cette marche vers la fin qui sonne comme un conte transcrit la peur la plus humaine qui soit, faire ce dernier voyage seul. Lorsqu’à la fin du court-métrage, on passe devant le corps de Jérôme dans la clairière, c’est la tristesse de ce cadavre solitaire qui saisie et fait peur. Les derniers plans du film sont en forêt sans vie humaine, seulement la nature, les insectes et le soleil qui apparaît derrière les arbres. La vie humaine s’est éteinte et tout tourne sans s’arrêter une seule seconde pour rendre hommage.
