Malgré ce que son nom pourrait laisser entendre, le sous-genre horrifique du torture porn n’a rien à voir avec du porno. C’est un nom qui désigne des films où la torture est au centre du scénario, plus extrême que le simple film gore le torture porn n’a généralement pas d’autre histoire que de montrer des actes de torture sanglants. La méprise serait de penser que c’est un genre sans but qui sert seulement à « choquer pour choquer ». Pour parler de ce sous-genre nous aborderons deux faces de ce cinéma, la face plus underground représentée par Augustus Underground et la face plus mainstream représentée par A Serbian Film.
Le mainstream du torture porn :
Pour aborder cette catégorie nous parlerons d’un exemple très connu qui fait encore, et pas forcément à juste titre, trembler les sections commentaires sur Internet : A Serbian Film.
A Serbian Film, sorti en 2010 en Serbie et réalisé par Srđan Spasojević , est extrêmement connu sur Internet pour être un des film les plus brutal et sanglant qui existe. Comme on le verra plus tard en abordant la catégorie underground, il n’en est rien.

Milo, une ex porn star dont la situation financière est difficile, accepte un nouveau job pour un « film d’art » qui le rendrait presque millionnaire afin de pouvoir protéger financièrement sa femme et son fils. Sauf que le producteur de ce nouveau film porno se révèle très vite louche et le film en question, plus qu’un porno, se révèle être un snuff movie mêlant meurtres, pédophilie et nécrophilie.
Une petite parenthèse sur le snuff movie pour mieux comprendre le contexte. Le snuff movie est une sorte de « fantasme » sur internet et dans le milieu du cinéma d’horreur, par la définition un snuff movie est un film dans lequel les morts ne sont pas simulées. Si j’emploie ici le mot fantasme c’est parce qu’à de nombreuses reprises des réalisateurs ont fait croire que leur film en était un pour avoir plus d’attention, jusqu’à parfois en arriver à faire signer des contrats aux acteurs du film pour ne pas qu’ils réapparaissent avant quelques temps après la sortie du film, afin d’entretenir le mythe. Des enquêtes ont même été ouvertes après qu’un spectateur ait reporté à la police le film Guinea Pig 2 : Flower of Flesh and Blood car il l’avait trouvé trop réaliste pour être faux (ce qu’il est pourtant). A Serbian Film joue sur cette peur et ce parfois trop grand réalisme au cinéma qui donne l’impression que tout ce qu’on observe à l’écran est vrai.

Ce film a une très mauvaise réputation alors qu’il a pourtant une bande originale superbe et très appropriée, un acteur principal qui se donne entièrement, des effets de gores très réalistes et une histoire prenante avec des rebondissements et un twist final aussi dérangeant que marquant. Alors pourquoi tant de négativité autour de ce film ? Toute la critique négative à l’égard de ce film se résume au même reproche : « Le film est choquant ». Cela ne peut pas être une critique négative en soi, choquer peut être un but pour le cinéma valable au même titre que le but de faire rire.
A Serbian Film est une œuvre profondément nihiliste, dans un monde dégoûtant qui est pourtant exactement le nôtre, où le manque d’argent peut mener à commettre tout les actes et où rien ne semble plus pur et intacte. Toutes les atrocités montrées dans ce film se sont déjà produites dans le monde, le torture porn n’a pas à justifier son existence car il est l’existence.
L’underground, le cinéma dans son horreur la plus charnelle :
J’appelle ici underground les films difficiles à trouver en DVD, de réalisateurs peu connus voir inconnus, pour l’exemple, comme précédemment, nous aborderons un seul film qui représente le genre, ici : Augustus Underground.

Sorti en 2001 et réalisé par Fred Vogel ce film, qui s’est par la suite décliné en une trilogie, est réputé pour être absolument insoutenable. En effet ce film n’a absolument aucune histoire, seulement un serial killer et un mystérieux cameraman qui passent tout le film à torturer femmes et hommes dans leur cave. Un gore hyper réaliste (aidé par le fait que le film est un found-footage, l’image est donc loin de la HD.) pour un film difficile à tenir où le but est purement cathartique.
Il y a un public pour ce film et ses suites, qui ne pourrait être considéré comme un « public de sadiques. » Il est difficile cependant de faire une critique poussée de ce film car il est ce qu’il est, un festival de gore et de membres arrachés. Sans prétention, mais une certaine prouesse cinématographique tout de même, ne pas prétendre être autre chose que ce que l’on est est un pilier du cinéma d’horreur.
Ce film et ses suites n’est pas un cas isolé, on peut citer les Guinea Pig, les films de Lucifer Valentine, et pour des exemples plus vieux, la vague de films allemands et italiens dans les années 70 recréant les tortures perpétuées lors du régime nazie. Ce genre n’est donc pas nouveau.
La différence entre A Serbian Film et Augustus Underground réside dans le genre du choc. A Serbian Film possède une histoire qui va donc plus marquer car on s’est attaché aux victimes, contrairement au second film où le manque d’histoire n’en fait qu’un pur choc visuel. Le premier, qui apparaît comme un cri à l’aide dans un monde sombre, s’accroche peut être plus au spectateur que le second qui ne prétend pas être autre chose qu’un essai en horreur et en gore, ce qui est une volonté parfaitement légitime pour un film.

Il est difficile d’englober tout un sous-genre en un seul article, c’est pourquoi je vais maintenant conclure sur cet aspect mal aimé du cinéma d’horreur. Un film n’a pas à constamment justifier son existence pour être bon, la même chose est valable pour un genre. Le torture porn est une expérience cinématographique qui joue avec les limites de ce que l’on peut montrer, supporter, et recréer à l’image.
Au générique de fin il faut alors se rendre à l’évidence, tout cela existe.