La forêt, un antagoniste à part entière du cinéma d’horreur

Avec ses nombreuses apparitions dans le genre, la forêt est devenue un antagoniste du cinéma d’horreur au même titre que les fantômes et autres démons. Bien que généralement ce ne soit pas la forêt en elle même qui soit le danger mais ce qui s’y trouve, elle a tendance à canaliser tout le bestiaire de l’effrayant et de le rassembler en son sein.

The Blair Witch Project

Une forêt emblématique est la forêt du film The Blair Witch Project (1999), ce classique du genre où tout est presque de l’improvisation (le réalisateur n’ayant pas donné de script fixe aux acteurs). L’antagoniste du film évident est cette fameuse sorcière, mais le spectateur ne la voyant jamais, le danger direct perçut est celui de la forêt. En effet dans cette forêt on s’y perd, et si sorcière il y a, n’a-t-on pas l’impression que ce sont bien les bois qui guident les protagonistes vers leur destin et vers cette sorcière ? La fonction directe de la forêt comme danger est renforcée dans le remake du film : Blair Witch (2016) ; en effet un élément horrifique ajouté dans ce film est le fait que le temps ne fonctionne plus de la même façon dans cette forêt et qu’au bout de quelque temps, le jour ne se lève plus jamais. La forêt aide directement la sorcière et devient donc elle même le plus grand antagoniste à craindre.

The End (2015)

La forêt est symboliquement un lieu d’introspection ou de quête pour un personnage, souvent une quête de soi même et c’est d’ailleurs l’impression que donne le film The End de Guillaume Nicloux (2015). Ne se revendiquant pas directement du genre horrifique il en a pourtant bien des codes, avec un Gérard Depardieu perdu et errant dans un environnement hostile. En effet ce garde forestier se réveille un matin pour aller faire sa ronde en forêt comme à son habitude, sauf que la forêt semble avoir changé et il s’y perd. Les chemins, les repères sont bousculés et ont changé de place, c’est donc le lieu qui appelle directement à la perte du personnage.

Antichrist (2009)

Comment parler de forêt inquiétante sans mentionner celle du Antichrist de Lars Von Trier ? La nature est partout dans les plans de ce film, menaçante, cachant parfois des corps oniriques et surtout poussant les personnages dans leurs retranchements psychologiques. La nature est mystique et particulièrement avec la métaphore des trois mendiants visitant les personnages dans la forêt. Ces 3 mendiants représentent la douleur, le deuil et le désespoir, ils apparaissant aux personnages sous la forme d’un corbeau, d’une biche et d’un renard, ils sont accompagnés de la promesse inquiétante : «When the three beggars arrive, someone must die». Von Trier créé une mythologie de la nature pleine de symboles (les trois animaux sont en figurines au début du film dans la chambre du fils des protagonistes, qui mourra quelques minutes plus tard). La nature et la forêt ne sont plus là pour guider l’Homme dans une quête ou une introspection mais pour le pousser à montrer le pire de lui même, à révéler sa vraie nature. Mais si il s’agit là de sa vraie nature, la forêt n’est donc plus antagoniste, et c’est bien l’Homme lui-même qui le devient par le biais du lieu.

Dans la forêt (2016)

C’est peut être ça l’intérêt du lieu pour le cinéma de genre, la forêt représente l’impossibilité de garder les apparences, le naturel y revient toujours et les masques tombent. L’Homme ne peut garder ses conventions dans ce lieu et finit par craquer. C’est ce qu’on peut observer dans le film Dans la forêt de Gilles Marchand (2016). Deux jeunes frères vont avec leur père passer les vacances d’été en forêt, la figure du père devient de plus en plus inquiétante à mesure que les jours passent dans la nature. Ici la nature n’a rien de directement hostile, les apparitions fantomatiques sont celles du père lui même qui finira d’ailleurs par rester « enfermé » dans cet forêt seul. La forêt révèle plus qu’elle ne transforme, quittant son rôle d’antagoniste directe pour devenir ce que les Hommes en font. C’est l’Homme dans la forêt l’antagoniste et non le lieu seul.

Haute Tension (2003)

Plus une campagne qu’une forêt (bien que le « showdown » du film soit dans une forêt), le film Haute Tension de Alexandre Aja (décidément beaucoup de films français dans cet article) sorti en 2003 reprend cette idée que la nature révèle. Pour prendre le synopsis directe de Wikipedia : « Deux copines de toujours, Marie et Alexia, se rendent dans la maison de campagne de l’une d’elle. Lorsque la nuit tombe après leur arrivée, c’est le début d’un long cauchemar sanglant pour les deux jeunes filles prises en chasse par un étrange individu…»

Énorme SPOILER à suivre, à la fin du film il est révélé qu’il n’y a jamais eu « d’étrange individu » mais que c’est bien Marie qui a kidnappé Alexia et a tué sa famille ; l’image du tueur existait seulement car nous voyions le film des yeux de Marie, qui elle même imaginait ce tueur pour atténuer le fait que c’est elle qui accomplissait ces actes. C’est le désir amoureux frustré de l’une pour l’autre qui a déclenché cette nuit sanglante mais c’est bien la nature et la campagne en elle même qui a amorcé cette explosion de la frustration de Marie.

(non analysé dans cet article mais vivement recommandé) Toad Road (2012)

Beaucoup trop de films de genre se déroulent en forêt pour pouvoir tous les citer et les résumer. Du nombre visionné la conclusion est naturelle, la forêt est un lieu propice à l’effrayant. Il y fait sombre, les ombres semblent inconnues, on s’y perd, on y disparaît et surtout on s’y trouve. La forêt est un lieu profondément magique et peut être rendu seulement horrifique par la présence des Hommes. Elle cache peut être des choses surnaturelles comme le Necronomicon (livre des morts) dans les Evil Dead de Sam Raimi mais c’est bien l’Homme qui déclenche ces choses en voulant tant se les approprier (Ash lit la formule pour « activer » le fameux livre des morts). Même idée pour The Blair Witch Project, les protagonistes se rendent spécifiquement dans cette forêt pour trouver la sorcière, la forêt n’est elle pas alors plus adjuvant qu’opposant pour eux en les guidant directement vers elle ? C’est quand l’Homme pénètre le territoire que tout se déclenche, deux solutions alors : soit laisser la forêt sans présence humaine, soit accepter les conséquences de cette présence.

Films mentionnés : The Blair Witch Project (1999) et Blair Witch (2016), The End (2015), Antichrist (2009), Dans la forêt (2016), Haute Tension (2009), Evil Dead et Evil Dead 2 (1981, 1987)

Recommandations sur le thème de la forêt : Toad Road (2012), (l’excellent court métrage) Foxes (2012), The Ritual (2017), Honeymoon (2014).