Hereditary : Le film de l’année

2018 touche presque à sa fin, une année excellente pour le cinéma d’horreur, parmi mes visionnages mon cœur balance évidemment pour : « le film qui a terrifié Sundance », Hereditary.

Hereditary, réalisé par Ari Aster et produit par A24, commence par un enterrement, celui d’une grand mère dont nous rencontrons bientôt la famille. Famille qui essaie de rester unie mais qui va très vite être dépassée par un destin et des forces contre lesquelles elle ne peut rien. Avant d’aller plus loin je souhaite préciser que le génie du marketing autour du film était de ne pas dévoiler un point crucial pourtant présent dans la toute première partie du film. En regardant les trailers on tombe sous l’idée que c’est la petite soeur Charlie qui va être un élément principal dans le développement du paranormal. Or dans cette première partie la petite fille meurt, d’une façon tellement lourde psychologiquement qu’on pouvait ressentir le choc dans la salle noire de cinéma.

Cette scène est mémorable : Peter, l’aîné, conduit Charlie à l’hôpital à cause d’une réaction allergique violente aux noix qu’elle a eu à une fête. Il conduit trop vite, il fait nuit, Charlie sort sa tête par la fenêtre pour essayer de mieux respirer, un cerf se trouve sur la route, il détourne la voiture et…Charlie se fait décapiter par un poteau routier. L’horreur de cette scène ne fait que commencer. Peter s’arrête avant de redémarrer la voiture et de conduire jusqu’à la maison où il monte se coucher, le corps sans tête toujours dans la voiture. Le matin alors que la caméra reste sur le visage de Peter dans son lit on entend des voix en bas, la mère part en courses, on l’entend sortir, puis un cri. Cette scène est d’une efficacité prodigieuse, plaçant le spectateur dans un malaise inextricable.

Le reste du film est tout autant magistral, fantômes et démons se mêlent pour disloquer la famille pour finir sur un final incroyable où Peter devient le réceptacle du démon invoqué. Entre temps des secrets de famille sont révélés et des indices sont laissés par le réalisateur Ari Aster sur le chemin. Après un deuxième visionnage on peut voir par exemple, lorsque Peter et Charlie vont à la fête, le symbole du démon sur le poteau routier qui décapitera Charlie au retour. Accident qui n’en était donc pas vraiment un.

Ari Aster cache des éléments dans son film que certains spectateurs voient et d’autres non. Quel grand moment de visionnage lorsque toute une séquence d’un film a un élément horrifique dans le champ depuis le départ et qu’on entend la salle le découvrir à son rythme avec des « Regardes ! Regardes! » chuchotés entre spectateurs.  Hereditary manie la peur à la perfection avec une troisième partie qui tient accroché à son siège et une impression qui vous suit bien après la sortie de la salle.

Autre que le scénario c’est une réalisation incroyable pour le premier long-métrage d’Ari Aster, les plans sont travaillés et le shot de début du film est un des plus beaux que j’ai pu voir. Un reproche souvent entendu est sur le troisième acte qui semble trop rapide. Il faut noter que la production a demandé à Ari Aster de recouper son film qui durait au départ 3h mais dont seulement 2h sont restées. Que ce soit les scènes de disputes familiales, les séances de ouija, les symboliques récurrentes comme la décapitation ou la scène finale de possession, Hereditary a tout bon.

Mais alors si Hereditary a tout bon, pourquoi une telle différence entre les critiques du public et les critiques des journaux ? Le public n’a pas donné à Hereditary de si bonnes notes que cela alors que les critiques l’ont encensé et ont parlé de  » meilleur film d’horreur depuis L’Exorciste« . On a encore un cas de rupture particulièrement visible avec les films que produit A24 ( The VVitch, It comes at night, Hereditary). Il n’y a pas de bon et de mauvais public mais pour le cinéma de genre il y a ceux qui veulent du cinéma-attraction et ceux qui savent aimer tout ce que le genre a à offrir. Des films psychologiques en passant par les films gores, aux slashers jusqu’aux films indés (et je n’aime pas employer ce mot) comme Hereditary. Encore une fois il n’y a rien de mal à vouloir du cinéma-attraction, le marketing d’A24 est toujours très inapproprié, pour It Comes at Night où le trailer laissait penser qu’il y avait bien  » quelque-chose » qui venait la nuit alors que ce qui venait était la peur elle même. Cette technique marketing permet de ramener un plus grand public mais cela créé également une division dans le public de ce cinéma, avec le public adolescent habitué du cinéma d’horreur par exemple, le groupe devant moi venu voir Hereditary a parlé tout le long et est sorti en disant  » Mais qui a eu l’idée d’aller voir ça ».

Hereditary a donc fait division entre ceux qui crient au génie et ceux qui ne comprennent pas le film ou ne comprennent pas son intérêt. Je ne crie jamais au génie mais Hereditary est bel et bien un film qui va marquer le cinéma d’horreur, et Ari Aster ne s’arrêtera sûrement pas là. Pour ce qui est pour moi le meilleur film d’horreur de 2018, une note appropriée : 10/10.