Sur une tendance de spectateur: La rationalisation

Regardant moi même un bon nombre de critiques je remarque une tendance chez le spectateur d’horreur, une tendance qui me semble récente : la rationalisation du paranormal.  En effet certains cinéastes choisissent de laisser le doute dans leurs films d’horreur : il y a t il vraiment des fantômes ou le protagoniste est-il atteint de troubles mentaux et imagine-t-il le tout ? Parfois c’est simplement un moyen plutôt cheap de finir un film d’horreur,(pouf le personnage se réveille dans un hôpital psychiatrique), en disant cela je pense par exemple à la fin de Ghost stories (2018) (qui mis à part cette fin reste un très bon film).

The Babadook (2014)

Avec The Babadook de Jennifer Kent on a un exemple d’un film qui, on pourrait le croire, prend réellement le parti de laisser le choix au spectateur. Le monstre existe-t-il ou est-il une métaphore du deuil et de la dépression touchant cette famille ?  Or sur ce point j’aimerais clarifier que je pense qu’il n’est pas nécessaire de faire un choix entre les deux interprétations. Un monstre/fantôme peut être à la fois réel dans le cadre d’un film et servir de métaphore ou de réflexion. 

Pour prouver cela on peut penser à The Monster (2016) de Bryan Bertino, il y a bien un monstre dans ce film et il est impossible de penser qu’il n’est pas réel dans le cadre de la fiction. Pourtant ce monstre sert aussi de métaphore et surtout de réflexion psychologique sur la relation entre la mère et la fille qui croisent son chemin. Représentation de l’aspect monstrueux de leur relation abimée mais également signe de rédemption pour la mère qui donnera sa vie pour sauver sa fille.  Monstre et métaphore/folie ne doivent pas nécessairement être séparés en camps, les deux peuvent exister dans le même film, l’un n’annulant pas l’autre.

Hereditary

La raison de cette réflexion vient de deux critiques que j’ai vu, l’une sur le film Pyewacket (2017) et l’autre sur Hereditary (2018). Dans ces deux films les réalisateurs ne laissent aucune place au doute, les deux films parlent bien de paranormal et d’occulte. Pour Pyewacket, aucun doute que la jeune fille a réellement invoqué un démon dans un accès de rage en lui demandant de tuer sa mère , et pour Hereditary, aucun doute qu’une secte a bien invoqué le démon Paimon. Pourtant les deux critiques que j’ai vu parlaient du fait que les deux films laissaient le doute, et pour Hereditary qu’on pouvait penser que la mère de famille était tout simplement folle. Comment est il possible de rationaliser les fantômes, les dessins de sa petite fille morte et la lumière bleue représentant un ancien démon ?

Certains réalisateurs, comme dit précédemment, laissent effectivement planer le doute mais pour ces deux films-ci aucun doute possible (juste à voir le film ou pour être sûr regarder/lire des interviews des réalisateurs). Alors on pourrait penser qu’il n’y a aucun mal à ça, qu’un film est fait pour être interprété et pas forcément de la manière dont le réalisateur voulait qu’il soit interprété. C’est vrai mais cela en dit également sur le stade de l’horreur au cinéma aujourd’hui.

En effet un film d’horreur est jugé avec plus de valeur (cela reste une généralisation/hypothèse, toute cette réflexion est à prendre avec un grain de sel) par le public « cinéphile » lorsqu’il n’est pas explicite sur son paranormal.  Les films explicites au possible (Conjuring, Sinister, Ouija…) sont eux jugés de l’horreur « basse » ou « pour ado ». A partir du moment où un film d’horreur est bien tourné, a une cinématographie intéressante et ne rentre pas dans la catégorie « hollywoodien », il est alors impossible de concevoir que ce film puisse parler de paranormal. On parle de métaphores comme si cela annulait le paranormal, ou on rationalise le tout en collant l’étiquette  » troubles mentaux ».

Cette réflexion n’a pas réellement de conclusion, elle sert juste de piste à laquelle penser en regardant des films d’horreur ou en en regardant des critiques. Il est important de remettre en question ses préjugés et ses attentes sur le cinéma d’horreur, vive les monstres et les métaphores !