French extremity : Martyrs, l’horreur existentielle ?

La French extremity, ce sous-genre horrifique (bien qu’essoufflé) qui a su donner une crédibilité nouvelle au cinéma de genre français. Avec des films gores et souvent basés sur une certaine esthétisation de la torture ( A l’intérieur, Calvaire, Haute-Tension) la France a su trouver sa place dans le genre si vaste de l’horreur.  Victimes de leurs succès certains de ces films ont eu le droit à des remakes aux States, c’est le cas pour A l’intérieur et Martyrs.

C’est bien le Martyrs de 2008 de Pascal Laugier le sujet de cet article. Dans les années 70, une petite fille de dix ans, Lucie, s’est échappée après avoir disparu pendant presque un an, un an de tortures qui va la traumatiser à vie. Dans l’hôpital où elle se trouve elle va se lier d’amitié avec Anna. Ellipse de 15 ans. Lucie, persuadée d’avoir retrouvé ses kidnappeurs, abat brutalement toute une famille (dont le fils est joué par un tout jeune Xavier Dolan). Anna va la rejoindre, mais cette famille abattue va révéler un secret bien plus grand : ce que cache l’enlèvement de Lucie (et d’autres femmes). Ce qui semblait être un film de revenge classique (schéma classique : fille enlevée ou torturée se venge brutalement et graphiquement sur ses tortionnaires) va se révéler une réflexion philosophique et esthétique.

Pour rester bref, une organisation à tendances sectaires organisent ces enlèvements depuis très longtemps dans l’optique de trouver une (car oui seules les femmes sont éligibles) martyre, quelqu’un qui ira jusqu’aux limites extrêmes de la douleur pour voir ce qu’il y a « après » et le raconter.  C’est finalement Anna qui aura ce rôle, torturée jusqu’au bout, écorchée vive (littéralement) elle finira par avoir ce regard, ce regard qui signifie qu’elle a vue, qu’elle sait ce qu’il y a après. Le chuchotant juste avant de mourir à Mademoiselle (la chef de l’organisation), c’est cette Mademoiselle qui est à présent chargée de le révéler à la foule venue entendre finalement ce secret de l’après-vie (la mort pour être moins spirituelle). Évidemment elle se tue avant. 

En termes d’horreur pure, Martyrs a plus d’une peur dans son sac. Que ce soit pendant la première partie où Lucie hallucine constamment une « créature » humaine représentant l’autre petite fille, celle qu’elle a abandonné derrière quand elle s’est échappée. Une créature terrifiante qui l’attaque de son point de vue mais qu’évidemment personne ne voit à par elle, métaphore du remord. Autre ce fantôme, évidemment, le gore. La French Extremity a en son coeur ce gore, cette torture omniprésente, Anna est torturée à l’extrême, écorchée vivante, seule son visage restant et ses yeux plus expressifs que jamais. La figure du martyr appelle à cette image du corps dégradé, du corps hors de ses limites, thème intéressant qui déboule sur la dernière peur à l’arc de ce film : La peur existentielle. Que penser, quand un grand nombre de personnes, sont prêts à torturer des enfants pour découvrir ce qui les attend après leur mort ? Il y a quelque-chose d’amer derrière Martyrs, une réflexion personnelle sur ce qu’on serait prêts à faire pour savoir que oui, on va continuer après le dernier souffle ; ou tout simplement une réflexion sur la peur viscérale que cette incertitude cause. Martyrs a donc de tout, du fantôme/créature au gore jusqu’à la peur existentielle, ce film saura trouver une raison de vous faire mettre un peu plus de temps à trouver le sommeil.

10/10.